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Maguid Micharim - Le Tétouanais
Fréquence: hebdomadaire
Langue: Judéo-Arabe
Période:
1895 - 1896
Pays: Algérie
Section:
Lieu de publication: Oran (Algérie)
Rédacteurs: Eliahou (Eli) Karsenty


Journal en judéo-arabe algérien, publié à Oran dans les années 1895-1896 et peut-être également par la suite, par l'éditeur Eliahou Karsenty. Appelé au début Le Tétouanais, il changea son nom pour Maguid Micharim et revint plus tard à son appellation d'origine. Les raisons de ces changements de nom furent probablement les limitations de la censure. Dans un cas au moins le rédacteur en chef signala qu’il dû cesser la parution du journal en raison des controverses qui animaient la communauté (numéro 11/1895). L'hebdomadaire paraissait tous les vendredis et était en vente dans plusieurs points de la ville et de ses environs de même que dans la capitale, Alger. 

Le rédacteur en chef Eliahou Karsenty était un imprimeur de la ville, qui tentait de gagner sa vie, entre autre, en publiant des journaux. Outre Le Tétouanais-Maguid Micharim, on en connaît au moins deux autres, tous deux en judéo-arabe, dont Karsenty étaient à la fois le rédacteur en chef et l'éditeur: l'Wahrani et l'Maguid Wahrani qui sortaient déjà dans les années quatre-vingt du XIXe siècle. Les noms des journaux de Karsenty reflètent l'empreinte d'Ha-Maguid, le célèbre journal de la Haskala hébraïque. Dans le journal oranais Maguid Micharim, comme dans ceux de la Haskala hébraïque d'Europe de l'est, on trouvait en première page l'éditorial du rédacteur en chef, et dans les pages intérieures des informations sur les juifs d’autres localités d’Algérie, sur les communautés juives dans le monde et surtout en Palestine- Eretz Israël, ainsi que des informations générales sur les évènements dans le monde. Les deux dernières pages étaient consacrées à des feuilletons, à de courtes informations sur des évènements exceptionnels ou criminels comme des meurtres, des catastrophes naturelles ou des accidents, ainsi qu'aux vœux et félicitations pour les mariages, naissances. S’ajoutait à cela une rubrique nécrologique et des annonces publicitaires. 

Il n'existe pas de données sur la diffusion du journal et bien qu'il ait été également destiné à la périphérie, il ne dépassait peu les limites de la ville d'Oran. Karsenty fut le seul rédacteur permanent du journal et ce n'est que très rarement qu'un autre journaliste y participait: divers surnoms apparaissent couramment dans les différentes rubriques, mais il semble que Karsenty ait été derrière chacun d'eux. La longue chronique personnelle de Karsenty qui ouvrait généralement le journal se caractérisait par un ton polémique: le rédacteur en chef y réglait ses comptes avec des personnalités et des groupes divers de la communauté locale. Bien que les années de parution du journal furent marquées par des flambées antisémites graves en Algérie en général et à Oran en particulier, les flèches de Karsenty n'étaient pas destinées aux fauteurs de troubles antisémites mais aux divers personnalités de la communauté juive. Il se tint aux côtés du chef de la communauté juive d'Oran, Simon Kanoui, personnage bien connu dans l'histoire des juifs d'Algérie au XIXe siècle: les ennemis du journal étaient ceux de Kanoui et en particulier un groupe d'immigrants juifs marocains de la ville de Tétouan qui, selon Karsenty arrivèrent à Oran faibles et démunis et y prirent de l'importance; au lieu d'être reconnaissants envers les anciens de la ville qui les avait accueillis, ils devinrent arrogants et cherchèrent à se démarquer et à se séparer d’eux. Autre ennemi du journal: le rabbin Moïse Netter, venu de France pour servir comme Grand Rabbin du Consistoire. Karsenty fait montre d’un manque total de considération pour son autorité religieuse; il l'accuse d'ignorance, de non-respect des mitzvot, de dépravation des vertus religieuses, et réclame son renvoi. Dans sa chronique principale, Karsenty décrit souvent la situation difficile des couches sociales défavorisées de la ville: il apparait comme le défenseur des pauvres, dénonce l'inégalité entre les juifs de la ville et en particulier ceux qui les exploitent, et exige la présentation des comptes de la caisse de charité de la ville. Karsenty rejette la responsabilité de la crise communautaire essentiellement sur la désintégration de la structure traditionnelle des communautés et celle de l'éducation juive traditionnelle: selon lui, l'inégalité qui règne dans la ville est la conséquence directe du processus de laïcisation et d'assimilation subis par la société juive. 

Le journal Maguid Micharim est le produit du développement de la presse judéo-arabe dans les pays du Maghreb à la fin du XIXe siècle, par l'élite juive composée d’intellectuels qui, malgré la colonisation, restèrent proches de leur culture et de leurs langues d'origine, le judéo-arabe et l'hébreu, qu'ils contribuèrent à moderniser. Une génération après le décret Crémieux (1870), Karsenty, appartenant à cette élite de Maskilim, décide de publier un journal dans le dialecte judéo-arabe local. Son écriture directe et populaire reflète probablement le statut de la langue juive algérienne à cette période: sans aucun doute, le poids des éléments arabe, hébreu et français dans la langue parlée des juifs a évolué de manière dynamique et des textes du type de ceux que présente le journal apportent un autre ouverture pour étudier la langue des juifs de l'Algérie coloniale. Karsenty, militant social éduqué dans les sources juives et dans leur langue, dans la Halakha et la tradition juive, ne se signale pas par une écriture diversifiée et sophistiquée, mais les numéros de son journal dévoilent des aspects internes de la vie des juifs d'Algérie qui avaient jusque-là échappé aux chercheurs. 

Yossi Tolédano (avec la participation du rabbin Elyahou Marciano) 

Le redécouvert de Maguid Micharim

 

 

 


Jusqu'à l'année dernière, les numéros du journal étaient considérés comme perdus. La collection présentée ici appartenait à R. Yaakov Soffer, l'un des Maskilim juifs connus d'Oran. Lorsque ses descendants émigrèrent en France, ils emmenèrent avec eux la bibliothèque du rabbin, qui se retrouva en la possession de l'un d'entre eux à Marseille, le Professeur Jacques Soffer. Lorsque par hasard, il apprit l'existence du site de la Presse juive du passé, il nous contacta et voulut bien nous permettre de numériser la collection et de la mettre sur le site. 

Le professeur Jacques Soffer exprime ici sa reconnaissance au Professeur Nicole Serfaty qui, la première, a reconnu l'importance du journal lors de sa visite, chez lui, à Marseille au mois de Juin 2011, sans cette aide, Maguid Micharim n'aurait jamais été tiré de l'oubli. 

*

Permettez-nous de profiter de l'histoire de la redécouverte du Maguid Micharim pour vous encourager à faire vous-même des recherches dans vos bibliothèques privées. Qui sait combien de recueils rares de la presse juive du passé y sommeillent encore ? 

 

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Publications disponibles sur le site:
38 Publications
151 Pages
Entre les années: 1895-1896

 

Ce matériel forme partie des collections des institutions suivantes:

le Professeur Jacques 
Avec l'aimable autorisation de Bibliothèque de l'Alliance israélite universelle (Paris)

 

État de la copie: Bon
Les copies proviennent de microfilms en bon état, à ceci près que le verso de la page se reflète parfois sur le recto et qu’il y a des taches d’encre. Ces imperfections sont imputables à l’impression d’origine.