Haynt

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Haynt
Fréquence: Quotidien
Langue: Yiddish
Période:
1908 - 1939
Pays: Pologne
Lieu de publication: Varsovie (Pologne)
Rédacteurs: Shmuel Yankev Yatskan (1908-1920); Abraham Goldberg; Aharon Einhorn; Chaim Finkelstein; Yitzhak Gruenbaum.
 
Haynt ("Le Jour", 1908-1939) est l'un des deux quotidiens, avec "Der Moment" ("Le Moment" 1910-1939) qui ont marqué le développement impressionnant de la presse yiddish en Europe de l'est en général et en Pologne en particulier, et ont largement contribué à faire de Varsovie l'un des centres de la culture juive moderne du début du vingtième siècle, jusqu'à la Shoah.

 

 
Fruit tardif de la révolution de 1905 dans la Russie tsariste, le journal connu des débuts modestes. Bien que la presse continua à être soumise à des limitations diverses et en particulier à la censure, la révolution avait facilité la publication des journaux les plus divers et dans toutes les langues, ouvrant la voie au développement de la presse yiddish qui avait particulièrement souffert des obstacles élevés par le régime. Le premier quotidien en yiddish en Russie tsariste ne parut qu'en 1903, et son équivalent à Varsovie en 1905, "frère cadet" des journaux en hébreu de la ville, "Hatsfira" et "Hatsofe". Les évènements dramatiques de la période révolutionnaire et leurs suites, et en particulier la vague des pogroms, accrurent la soif du public pour les informations et l'actualité.
 
Dans ce contexte, Shmuel Yankev Yatskan (1874-1936), ancien élève de yeshiva et vétéran de la presse hébraïque émit l'idée de publier un quotidien en hébreu à un prix abordable pour tous, à l'exemple des publications semblables en Russie et en Pologne. Il fonda en 1906 le quotidien "Yediches Tageblat", qui connut immédiatement une large diffusion et parut jusqu'au début 1911. Sur la base de ce succès, ses éditeurs, les frères Finkelstein, lancèrent en 1908 le quotidien "Haynt" qui devint rapidement le journal en yiddish le plus diffusé d'Europe de l'est. Abraham Goldberg (1881-1933) y fut pendant de nombreuses années secrétaire de rédaction, avant d'en devenir le rédacteur en chef. Selon certaines sources, le journal atteint une diffusion de 100 000 exemplaires à son apogée, bien que ces chiffres soient probablement très exagérés. Pendant les années trente Haynt fut vraisemblablement tiré à 25 000 exemplaires; mais il faut signaler que le nombre des lecteurs était beaucoup plus élevé que celui des acheteurs, en particulier en raison de la pauvreté profonde dans laquelle vivait la majorité des juifs de Pologne, pour qui l'achat d'un journal était un luxe.
 
Son premier rédacteur en chef, Chai Iatzkan, eut dès le début l'ambition de positionner Haynt comme un journal s'adressant à un public d'une grande variété. D'une part, il attira vers lui une grande partie des meilleurs écrivains de sa génération, qui collaborèrent au journal à une période quelconque de leur vie: Chalom Aleichem y publia entre autre son roman "Der Blotiker Shpas" ("La plaisanterie sanglante") et la deuxième série, très actuelle, des "Lettres de Menachem Mendel". I.L. Peretz y écrivit des feuilletons et des histoires. Parmi les collaborateurs marquants des débuts du journal (jusqu'à la première guerre mondiale), on comptait entre autre Hillel Zeitlin, David Frishman, Sholem Asch et H.D. Nomberg. Certains d’entre eux restèrent également présents dans les rangs du journal pendant la période entre les deux guerres mondiales. En raison de la compétition serrée entre "Haynt" et "Der Moment", des collaborateurs de renom (comme Hillel Zeitlin) passèrent de l'un à l'autre, évènement qui créa des remous au sein du public juif. Un des cas marquants de ce phénomène fut celui de B. Yeushson, journaliste extrêmement populaire en raison de son style, à la fois inspiré de la langue des sources traditionnelles et de son esprit, et adapté à tous. Par son passage de « Der Moment » à « Haynt », en 1925, entre les deux guerres mondiales, il attira avec lui de nombreux lecteurs fidèles.
 
Le journal ne comprenait à ses débuts que de 4 à 6 pages par jour ; de même, pendant la période suivante, entre les deux guerres mondiales, les numéros contenaient généralement 8 à 10 pages en semaine, et davantage pour ceux du week-end et des fêtes. Compte tenu de ces limites quantitatives, le journal s’efforça de réunir des matériaux extrêmement variés, informations, articles d’écrivains connus sur des sujets actuels, matériel littéraire, nouvelles économiques et culturelles. Une attention particulière fut consacrée aux évènements de la ville de Varsovie elle-même, tant sur l’aspect juif que sur un plan général. Le contenu du journal en fait par conséquent une source très importante pour la connaissance de la vie quotidienne des juifs de Pologne en général et ceux de Varsovie en particulier.
 
L’un des principaux facteurs qui contribuèrent à la popularité de « Haynt » (et de ses concurrents) fut la publication de romans feuilleton à sensation, qu’on surnommait en yiddish « Shondromanen » (romans à l’eau de rose). Ceux-ci étaient généralement anonymes car leurs auteurs en avaient honte. Il s’agissait souvent de la reprise de romans étrangers, plus ou moins adaptés à la réalité juive. Certains d’entre eux avaient un caractère policier et décrivaient les « quartiers sombres » des grandes villes, et en particulier la mafia. Certains d’entre eux comportaient également des scènes érotiques édulcorées. Dans les années vingt, ces romans disparurent des pages des quotidiens du matin, mais ils prirent une place de choix dans le populaire journal du soir « Hayntika Neues » (1929-1939), publié par les propriétaires de Haynt, destiné à concurrencer les autres journaux à sensation en yiddish et en polonais. En raison de la publication de ces romans et également de la forme sous laquelle était présentée une part de l’information, en particulier dans les premières années, une partie de l’intelligentsia juive considérait « Haynt » et « Der Moment » comme des manifestations typiques de presse jaune.
 
Il faut se rappeler que le journal s’adressait à un cercle de lecteurs extrêmement varié sur tous les plans ; il était lu à la fois par des juifs traditionalistes de divers courants, y compris des orthodoxes (bien que ceux-ci le faisaient parfois en cachette et en s’en démarquant explicitement), par des juifs laïcs de toutes opinions, sionistes ou « simples juifs ». Les rédacteurs étaient conscients de ce fait, et s’efforçaient de s’adresser au plus grand dénominateur commun possible, parfois plutôt populaire.
 
La première période du journal prit fin avec l'éclatement de la première guerre mondiale. Les années de guerre, pendant lesquelles Varsovie fut sous conquête allemande, furent défavorables pour la vie du journal, qui se restreignit à la publication des informations (soumise bien sûr à une censure sévère), presque sans articles de commentaire ni de littérature. La diffusion du journal fut alors réduite de façon notable, car il ne pouvait pas parvenir aux lecteurs qui vivaient dans les territoires sous contrôle russe. La présence de la censure fut très ressentie pendant toutes les années de son existence. Les autorités fermèrent souvent le journal et confisquèrent ses exemplaires sous des prétextes divers, mais il continua de paraître sous divers noms d'emprunt: entre les années 1920-1925, il s'appela "Neuer Haynt", après avoir paru pendant un certain temps sous le nom de "Der Tag", appellation qui fut parfois utilisée de nouveau en cas de besoin jusqu'à ce qu'on parvienne à revenir au nom d'origine.
 
Une nouvelle période très importante pour la presse juive y compris pour "Haynt" s'ouvrit avec la création de la Pologne indépendante. Pendant les vingt années qui séparent les deux guerres mondiales, les juifs de Pologne subirent des processus accélérés de modernisation et souffrirent d'appauvrissement croissant, d'antisémitisme grave et d'une sensation d'étouffement et d'impasse. Le journal refléta et exprima ces processus, son ton devint davantage idéologique et combattant. Il s'identifia de manière claire avec le mouvement sioniste et accueillit les articles de ses dirigeants, Yehoshua Thon, Itzhak Grinboim, Nahum Sokolov (dont les articles furent souvent traduits de l'hébreu), Moshé Kleinboim (futur Moshé Sné) et d'autres. Cette identification fut alimentée par le fait que d'autres courants idéologiques du judaïsme polonais avaient créé leurs quotidiens: le judaïsme orthodoxe, le "Bund" et le sionisme socialiste (dans les années trente). Cependant, le "Haynt" n'était pas véritablement un journal de parti, il exprima la voie royale du sionisme, et ceci par opposition à son concurrent "Der Moment", conquis par les révisionnistes pendant ses dernières années. Les deux journaux consacrèrent une large place à tout ce qui se passait en Israël en particulier et dans les communautés juives dans le monde en général.
 
Dans les années vingt et trente le matériel littéraire publié dans le journal devint de plus en plus varié. Il fit paraître des romans d'écrivains yiddish connus, comme Shalom Ash, Y.Y. Zinger et d'autres. Il publia également une page littéraire, comprenant des articles, des informations sur la littérature en yiddish, en hébreu et dans le monde et parfois également des poèmes de poètes yiddish (par exemple Itzik Manger). L'une des rubriques populaires du journal (comme dans les autres journaux en yiddish) était celle consacrée à l'humour. Le journal publiait de même régulièrement des articles de vulgarisation sur des sujets médicaux et de santé. Le domaine de la musique, depuis la musique de chantre jusqu'aux opéras de Varsovie, fut confié à Menachem Kipnis, dont les articles sont une source extrêmement riche pour la recherche sur la vie des juifs de Pologne dans ce domaine. Parfois paraissait également dans "Haynt" une rubrique pour les femmes, bien qu'il soit clair que le journal s'adressait essentiellement à un public masculin. Les femmes n'avaient pas de présence significative au sein de l'équipe variée des collaborateurs du journal, qui comprit à son apogée des dizaines de participants à temps plein ou partiel, y compris l'équipe de la rédaction, et les correspondants en Pologne et à l'étranger. L'un des participants les plus marquants du journal dans les années trente fut Azriel Carlibach, futur rédacteur en chef de "Maariv".
 
L'assimilation linguistique croissante ainsi que les crises économiques qui frappèrent durement la population juive en Pologne en particulier ont mis l'existence du journal en danger. Bien qu'elles aient occupé un espace croissant dans les pages du journal, les annonces commerciales n'y ont jamais eu une présence massive. Une des ses sources de revenu était constituée par les annonces de deuil familiaux et celles sur les pièces de théâtre et les évènements culturels, qui reflètent fidèlement la riche vie culturelle des juifs de Varsovie. En 1932, Haynt devint une coopérative dont les membres étaient ses employés d'imprimerie et ses journalistes; celle-ci réussit par divers moyens à stabiliser la situation du journal dans des conditions qui rendait son existence de plus en plus difficile.
 
Pendant les premiers jours de la deuxième guerre mondiale le journal continua de paraître dans des conditions difficiles (les numéros n'ont pas été conservés), Varsovie subissant des bombardements allemands massifs. Le dernier numéro de Haynt parut le 22 septembre 1939, quelques jours avant la chute de la ville aux mains des Allemands. Lors de l'éclatement de la guerre, certains de ses journalistes se joignirent au flot des réfugiés et prirent la route pour une longue marche de souffrances. Certains parvinrent en lieu sûr au cours de la guerre et par la suite, surtout aux Etats-Unis et en Israël. D'autres restèrent à Varsovie et dans d'autres villes sous conquête allemande et périrent pendant la Shoah. "Haynt" est conservé dans le réservoir "Index de la presse yiddish", qui comprend tous les articles imprimés dans le journal portant la signature de leur auteur, qu'il s'agisse d'un nom vrai ou d'un surnom. Le catalogue comporte une table détaillée par sujets, qui donne accès à l'énorme information contenue dans ses pages.

 

 
Professor Avraham Novershtern
 
 

 

Mots clés:
Varsovie
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Publications disponibles sur le site:
8,811 Publications
59,651 Pages
Entre les années: 1915-1939

 

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État de la copie: Bon
L'exemplaire du microfilm est dans un état moyen. Il existe divers problèmes de déchirures, d'écriture déformée, de tâches et de traits noirs, provenant soit de l'impression des exemplaires soit de leur conservation