HaCarmel

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HaCarmel
Fréquence: : hebdomadaire (1860-1871); mensuel (1871-1880)
Langue: Hébreu, Russie
Période:
1860 - 1880
Lieu de publication: Vilno (Russie tsariste)
Rédacteurs: Shmuel Yosef Fein (éditeur et fondateur: 1860-1873), Chaïm Leib Yehuda Kazenelbogen (1873-1876); Moshé Shimon Hacohen Antokolsky (1876-1878); Chaïm Leib Markon (1879-1880)
 
​Les réformes libérales menées par le Tsar Alexandre II au début de son règne en 1855, entre autre la réduction des limitations concernant la publication des journaux dans l'empire russe, encouragèrent Shmuel Yosef Fein(1818-1891) à présenter aux autorités une demande d'autorisation pour la publication d'un hebdomadaire en hébreu, comprenant des ajouts en russe et en allemand. Fein, qui était à cette époque professeur de Bible et d'hébreu dans un école rabbinique gouvernemental pour rabbins à Vilno, et également inspecteur régional des écoles juives, était l'un des rédacteurs en chef d'une revue hébraïque qui vit le jour pendant une courte période à Vilno en 1847, sous le nom de Pirhei Ha-Tsafon (Les fleurs du nord(. Les efforts de Fein portèrent leurs fruits, et il semble que ses relations avec les représentants du régime du Tsar l'aidèrent, car  quatre ans plus tard il reçut l'autorisation attendue. C'est ainsi que le 26 juin 1860, Ha-Karmel vit le jour à Vilno en cinq mois environ, précédant Ha-Melitz de Zederbaum à Odessa, et fut donc le premier hebdomadaire hébraïque en Russie. Le journal n'avait pas obtenu l'autorisation de publier d'articles politiques et Fein dû se limiter à du journalisme d'opinion et à des considérations sur la philosophie juive. Ceci l'empêcha de faire concurrence à Ha-Maggid, qui paraissait depuis 1856 à Lyck (Prusse) de l'autre côté de la frontière, à qui l'on n'avait pas imposé de telles limitations, mais cela convenait au caractère et aux conceptions de Fein qui n'était pas, selon le témoignage de Gedaliah Elkouchi, un journaliste de combat, "mais un chercheur, un linguiste et un lexicographe, "dormant sous la tente de la Torah"".
 
En effet,  l'approche de Fein qui déterminait la ligne de son journal  était en générale conciliante sur les sujets controversés et, contrairement aux éditoriaux fréquents et acérés d'Alexandre Zederbaum dans Ha-Melitz, qui témoignaient de son engagement envers la lutte pour la Haskala, Fein évitait de prendre position sur les thèmes d'actualité et d'exprimer des opinions susceptibles de monter contre lui ses lecteurs orthodoxes.
 
 Le format de Ha-Karmel tel qu'il prit forme au cours de ses premières années comprenait deux parties principales: la première était informative, et comportait des nouvelles du monde juif (en Russie et en dehors), et parfois des traductions de décrets des autorités.  Pour les informations en provenance du monde juif, Ha-Karmel se basait (comme ses équivalents Ha-Maggid et Ha-Melitz) sur des correspondants basés à l'intérieur et à l'extérieur de la Russie, qui envoyaient des informations à la rédaction.  Les nouvelles en provenance de Palestine (Eretz-Israel) étaient reprises de Ha-Levanon, publié à Jérusalem à partir de l'année 1863, et les "informations juives générales" étaient tirées de la presse juive allemande. La deuxième partie de Ha-Karmel était scientifique et spéculative et s'appelait Ha-Sharon. Tout au long de son existence  plusieurs des grands noms de la littérature et de la presse d'opinion hébraïque de l'époque y participèrent. Le supplément en allemand auquel Fein s'était engagé lors de la réception de l'autorisation officielle de publication du journal fut en fait délaissé dès la première année et le supplément en russe ne parut pas de façon régulière pendant les trois premières années. Chaim Leib Yehuda Kazenelbogen (1814-1876), l'un des dirigeants des Makilim hébraïsants de Vilno, linguiste érudit et spécialiste de la torah qui collabora avec Fein dès le projet Pirhei Ha-Tsafon, s'occupa de la mise en page et de l'impression et dès la troisième année (1863), Ha-Karmel fut imprimé dans une imprimerie appartenant à Fein et à d'autres associés. La diffusion du journal ne dépassa pas quelque centaines d'exemplaires, et il souffrit pendant presque toute la durée de son existence de son petit nombre d'abonnés.
 

 

 Sur le plan idéologique, Ha-Karmel reflétait les valeurs du mouvement de la Haskala juive d'Europe de l'est: il prônait le rapprochement avec la population chrétienne, la productivisation des juifs et le passage au travail de la terre. Fein était un partisan enthousiaste de la politique de russification accélérée adoptée par les autorités russes concernant les juifs après l'échec de la révolte polonaise de 1863, et contrairement à Ha-Maggid et à son rédacteur en chef, fit montre d'une attitude indulgente et sympathisante envers le mouvement de la réforme de la religion juive qui se développait en Allemagne. Lors de la "polémique des légumineuses" de 1868, Fein prit position en faveur de l'autorisation de consommer des légumineuses pendant la Pâque pour aider les victimes de la sécheresse et de la famine qui régnaient en Lituanie à cette période, et il encouragea et soutint la création de comités d'aide aux victimes de la faim en Russie et en Prusse de l'autre côté de la frontière.

 

Comme on l'a vu, Fein évita d'adopter des positions extrémistes sur les "problèmes de la vie" qui préoccupaient le public juif – à la fois par peur de la censure tsariste et par volonté de ne pas irriter les cercles des orthodoxes susceptibles de cesser de lire son journal – et  tenta en général de concilier tradition et renouveau. Pendant sa sixième année (1866), Ha-Karmel obtint un soutien financier de 300 roubles de la "Société pour la promotion de la culture parmi les juifs de Russie", et par conséquent sa tendance en faveur de la lutte pour la Haskalah fut renforcée  pour satisfaire ses généreux sponsors et adapter le journal au programme qu'ils promouvaient. En parallèle les articles de recherche sur la torah diminuèrent et la partie scientifique et littéraire fut formatée de manière  plus populaire. L'abandon de la ligne conciliatrice sur le conflit entre la Haskala et la tradition découlait de la croyance  alors répandue selon laquelle le Tsar Alexandre II allait bientôt accorder l'égalité des droits aux juifs, et qu'il fallait donc "préparer les cœurs" en vue de l'intégration à la société russe.
Ha-Karmel souffrit pendant presque toute sa durée de vie de problèmes de diffusion et de difficultés budgétaires qui génèrent Fein et portèrent atteinte à sa situation financière personnelle et à sa santé. Pendant une bonne partie de l'existence du journal, ses numéros ne parurent pas en temps et heure, et à la fin de sa période de parution hebdomadaire, le nombre de ses pages alla même jusqu'à diminuer de numéro en numéro. Même lorsqu'il bénéficia de l'aide matérielle de la "Société pour la promotion de la culture parmi les juifs de Russie", Ha-Karmel eut du mal à soutenir la diffusion plus large de ses concurrents Ha-Melitz et Ha-Maggid, et après être devenu mensuel, il ne parvint pas à concurrencer Ha-Shahar de Peretz Smolanskin, qui paraissait à Vienne, et était le mensuel le plus influent de l'époque. Les difficultés matérielles de Ha-Karmel découlaient de plus de l'incapacité de Fein à entretenir et préserver un réservoir permanent de journalistes de qualité qui contribuent régulièrement au journal, et il se reposa donc de plus en plus sur une main d'œuvre locale de Vilno, qui transforma peu à peu Ha-Karmel en journal provincial local. Ces difficultés triomphèrent finalement de Fein, et Ha-Karmel agonisa avant de fermer en 1880.
 
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Entre les années: 1860-1871